Le qualificatif « islamique » pour désigner le tissu avec lequel certaines musulmanes cachent leurs cheveux ou leurs silhouettes peut prêter à confusion. En effet, le voile existait bien avant l’islam, dans tout le bassin méditerranéen. Il fut adopté après la fuite de Muhammad à Médine, en 622, comme vêture dévolue aux musulmanes, afin de les différencier des femmes polythéistes et juives qui avaient, semble-t-il, des tenues moins dissimulantes. Quelques versets du Coran sont souvent cités pour appuyer cette pratique, mais le vocabulaire utilisé diffère, et n’est pas toujours clair. La première citation coranique sur le sujet serait le verset 55 de la sourate 33 : il indique seulement que les femmes du Prophète ne pouvaient être vues (en tenue domestique ?) que par leur famille proche. La seconde citation vient aussi de la sourate 33 (verset 59) ; elle est générale : « Ô Prophète ! dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de serrer sur elles leurs voiles ! Cela sera le plus simple moyen qu’elles soient reconnues et qu’elles ne soient point offensées. […] » Voile est ici la traduction de jilbab, une robe ou un manteau de dessus, très ample, allant de la tête aux pieds. On lit aussi, sourate 34, verset 31 : « Dis aux croyantes […] de rabattre leurs voiles sur leurs gorges ! […] », ou, plus littéralement, « de frapper le khimar (grand voile de tête, qui couvre les yeux, comme une visière, et se noue au haut de la tête) sur l’échancrure pectorale (jayb) ». Enfin, sourate 34, versets 59-60, le Coran indique : « Nul grief aux femmes atteintes par la ménopause et n’espérant plus mariage si elles déposent leurs voiles. […] ». Le terme ici utilisé, thiyab, désigne de manière générale les vêtements, peut-être d’extérieur. Ainsi, les passages coraniques sur le voile sont très peu nombreux : ils auraient donc une importance périphérique dans l’établissement des normes musulmanes, par rapport à des questions beaucoup plus fondamentales. Malgré cela, ces prescriptions furent vite sacralisées, telle une norme intangible, alors qu’elles ne répondaient qu’à une situation culturelle particulière, aujourd’hui révolue. De nos jours, les types de voile varient selon les lieux, les us et coutumes, le niveau de développement socioéconomique, ou le positionnement politique (féminisme, par exemple).

Beaucoup de musulmanes ne le portent pas, comme celles issues des communautés alaouite, druze, ismaélienne, etc. Le voile des femmes berbères du monde arabe se caractérise par des formes, tissus et couleurs spécifiques. Les jeunes peuvent aussi adopter des pratiques vestimentaires différentes de leurs parents, pour affirmer une certaine identité ou juste suivre la mode. Et les femmes qui travaillent, surtout à la campagne, ne peuvent pas porter, par commodité, le même genre de voile que les citadines oisives. À titre de comparaison, en Turquie, le retour (modéré) du voile est récent ; en Iran, voile urbain peut rimer avec coquetterie ; dans les Balkans, la sécularisation a réservé le voile aux paysannes. On notera aussi que dans certaines régions, les hommes arborent des types variés de couvre-chef, par atavisme culturel et nécessité climatique. Ainsi, quand le port du voile est justifié religieusement, ce n’est qu’à travers une lecture non contextualisée des sources scripturaires, alors que son usage est souvent bien plus lié à des coutumes et traditions.

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